Au delà des murs…!

Errer, fumer des clopes sous la pluie, dessiner et faire de la poterie…Tourner en rond, refumer, retourner dans cette chambre sans soleil dont les murs gris juste égayés par des traces de moisissures vous font davantage penser à un cachot, lire ou dormir, dormir et rêver, rêver qu’on est dans la rue, qu’on court, qu’on est mal, qu’on souffre, mais qu’on est vivant, VIVANT ! Et se réveiller, tourner encore, parler de tout et de rien, surtout de rien parce-que le tout fait trop mal et qu’il ne reste que le rien, fumer encore, attendre encore, refumer, se recoucher, dormir et rêver, le seul moment de vie…!

Rêver et manger, s’agglutiner le regard ailleurs, la tete ailleurs, s’engouffrer, engloutir dans un brouhaha indéfini ce qu’il y a dans l’assiette sans meme s’interesser à ce qu’elle contient, les yeux sur l’assiette et l’esprit dans son salon, sans un mot, sans un son, sans faim, on remplit comme on peut le vide, ce vide qui vous pousse à engloutir, alors on engloutit…Et voilà, c’est fini, retour de la mangeoire, les oies sont gavées elles peuvent retourner faire leur graisse à ne rien faire…Les premières 24 heures, encore dans l’anesthésie, dans le vertige du saut dans le vide, les premiers pas…!

C’étaient les premiers pas, la première impression qui n’en était pas encore une, les premiers pas…Imaginez des vies en suspend, un centre commercial sans commerces, un hall de gare sans trains, une salle des pas perdus bondée où les pas se perdent vraiment…Une vie sans la vie où pourtant tous les gestes se font, un univers clos où tout est dicté, soumis à autorisation, imaginez cet instant où vous êtes encore dans le monde et où la porte se referme derrière vous, une porte que pour la première fois de votre vie vous n’aurez pas la liberté de réouvrir…!

Imaginez la lenteur des heures qui s’égrenent, imaginez le silence, le vide de ce temps inutile, de ces pas inutiles, de ces ronds dans un parc aux arbres centenaires, la longueur du temps, le temps long…Dans les premiers pas on a l’impression qu’il nous enserre, qu’il nous tue encore plus surement que ce qui nous mine et puis non, au contraire il range les idées, calme l’esprit, il apaise, panse et soulage toutes ces blessures ancrées dans l’âme, dans la vie, le monde, l’humanité…On dit la folie, il n’y a pas de folie il n’y a que de la souffrance à vivre, il n’y a pas de maladie il n’y a que la vie, c’est elle la maladie incurable, personne n’y a encore survécu…Partagez le quotidien de ce que l’on appelle comme ça et vous verrez qu’il n’y a que cela, des êtres humains perdus en eux-mêmes, dans leur vie, perdus dans leur humanité…!

Imaginez les premiers pas…Je regarde ce haut mur de pierre, je vois au dela ces toits paisibles d’une résidence pavillonnaire, je pense a ces habitants qui chaque matin en allant travailler ou en emmenant leurs enfants a l’école regardent surement ce mur d’un regard a la fois habitué et vaguement inquiet, ce mur, cette entrée, ces mots inscrits, qui quoi qu’on en fasse ou en dise sont toujours nimbés de peur et de mystère, je pense à moi qui il y a un an encore passait devant d’autres murs, des murs différents mais jumeaux pour aller travailler, j’avais les codes d’entrée, j’entrais, j’aidais, je bossais et je repartais, j’entrais mais finalement ce mur, cette frontière je ne l’ai jamais vraiment franchie…!

Oui je pense à moi, je pense à nous, je pense a vous, quand vous passerez devant de hauts murs, pensez que des gens parlent, rient, pleurent, ils marchent, ils lisent, ils ont mal ou font comme si de rien n’etait, ils tiennent ou ne tiennent pas mais tous ils espèrent…Derrière ces murs qui sans le dire vous effraient, derrière ces murs rien ne se cache, il n’y a pas d’etres différents comme venus d’ailleurs, il n’y a que des gens qui ont des familles, des enfants, des amours, des gens comme les autres, comme vous, des gens qui ont travaille, construit, cru, aime, vecu et qui aiment, travaillent, vivent et se projettent vers l’avenir…!

Ils étaient dans le monde, ils sont dans le monde, nous sommes dans le monde, il n’y a pas de différence, il n’y a pas eu un jour ou je ne sais quelle foudre ou je ne sais quel Diable nous aurait frappé, un jour ou une bete tapie en nous se serait réveillée, nous étions comme vous, nous sommes comme vous, simplement un jour la vie, un drame, une usure a été plus forte que nous, un jour la félure que chacun porte en soi s’est révélée à nous et est devenue tellement béante que nous sommes tombés en elle…!

Si nous sommes là ce n’est pas que nous sommes détruits, c’est que nous avons refusé de céder, nous avons préféré nous battre, on pourrait dire se soigner, je trouve que se battre est plus juste, se battre contre nous meme, avec nous meme et pour nous meme…Et nous sommes là, courageux, debout pleins d’espoir, d’humanité et de lutte, là derrière ces hauts murs, dans ces endroits que l’on cache…Cet endroit que l’on semble cacher n’est pas un asile au sens premier du terme, un refuge, mais le lieu d’un combat, le combat pour l’amour et la vie, pour l’amour de la vie et là aussi est la vie…!

Peut etre est elle meme encore plus là qu’ailleurs, là on n’effleure pas l’humanité, là on n’est pas condamné à déployer sa joie sous le poids du fardeau, là on n’est pas obligé le pistolet du controle social braqué sur la tempe d’affirmer haut et fort que tout va bien, que l’on a jamais été aussi au top, fini l’etre parfait, l’icone publicitaire qui n’est que force, santé et rire, il n’y a pas de force ou de faiblesse, l’humanité pleine et entière peut s’exprimer, a le droit d’etre et d’exprimer toute la beauté de l’humanité, de cette humanité qui si elle s’était contentée de profiter de ses capacités de fauve satisfait n’aurait jamais eu la curiosité de s’arreter de chasser et activité totalement inutile, de regarder vers le ciel, de regarder les étoiles, de rever, d’acquérir la première conscience et de poser la première question…Je suis, le monde est, mais où suis je et qui suis je…?

L’humanité est un questionnement, une curiosité, un doute, une action et une interrogation entrelacées dans la joie et la douleur, l’humanité est une question, une question qui n’a pas de réponse et pour qui trop s’interroge, pour qui est trop humain, elle fait mal…La modernité l’interdit, ici elle s’accepte, elle ose se poser la question, dans toute sa tragédie, dans toute sa profondeur, ses doutes, sa sensibilité, ses cicatrices ou ses plaies encore béantes, ici il n’y a pas de faux semblants ni de fausse simplicité, il n’y a que de l’émotion, de la vérité, de la complexité, les pleurs succèdent aux rires comme les rires sont les conclusions des pleurs, la confidence n’est pas indiscrétion elle est la parole, devant la fragilité il n’y a que de l’attention, de la solidarité, de la compréhension à la place du jugement…!

Et surtout il y a une force, une force immense autant que poignante, la force de la sincérité devant soi meme et devant les autres, la force du combat, chacun est là pour vaincre, vaincre son pire ennemi, l’ennemi intime, soi meme…Pour soi il faut aller contre soi, pour aimer, aimer les autres, la vie, pour parvenir à se connaitre pour se comprendre, s’accepter et s’aimer, s’aimer pour aimer le monde, pour ne plus souffrir, ne plus se culpabiliser de n’etre pas à la hauteur de ce bonheur, de cette perfection devenue injonction, ce bonheur tellement marketé, ce bonheur tellement loin de cette « foule sentimentale » qu’est l’humanité, ce bonheur devenu un ordre…!

Cette euphorie perpétuelle dans laquelle nous sommes censés nous baigner à toute heure du jour ou de la nuit, ce devoir de bonheur comme dirait Bruckner, un devoir qui tend à la dictature…Proudhon disait que la liberté périt dès qu’elle s’adore, il doit en etre de meme avec le bonheur…Et quel est il ce bonheur impératif, on nous dit fragiles, on nous dit perdants, mais après tout à quoi ne parvenons nous pas…? A adopter la novlangue et à voir le monde avec les lunettes de Walt Disney, du marché et de la publicité réunis, à etre des Mickey parfaits…Ne pas etre à la hauteur de Mickey, quel drame…Etre à la hauteur de Mickey, quel programme…Les perdants disent ils…Les perdants de quel jeu ? Ne serait ce pas ce si constant jeu de l’histoire, le jeu du qui perd gagne…?

La vie n’est pas un long fleuve tranquille où chaque pas se franchit dans le défilement parfait d’une très longue publicité pour une mutuelle, nous ne sommes pas tous ces gentils petits robots écervelés et inconscients d’eux memes qui à chaque étape de leur existence font là où on leur dit de faire…Là tu as 20 ans, étudie ! Là tu as 25 ans bosses ! Là tu as 30 ans reves d’etre propriétaire et de te foutre un crédit de 25 ans sur le dos…Si on te le dit ! Là tu as 65 ans ton reve c’est de faire des ronds dans l’eau à bord d’une ville qui flotte ! Là c’est samedi va faire la fete, te bourrer la gueule et baiser ! Là c’est juillet, oust à la mer ! Là c’est février schnell au ski ! Et au garde à vous et avec le sourire encore, tu est heureux ! Beckett les a appelés Lucky…Lucky, unlucky…Tout le monde n’a pas la chance de se contenter de suivre et d’obéir, de ne pas ressentir que l’humanité, que la vie est une question, ceux là sont condamnés à etre lucides, à etre sensibles, à risquer de regarder leur félure en face, à ressentir le fardeau et la tragédie de l’existence, un jour où l’autre, à ressentir le désespoir de vivre…!

Camus l’a dit, il n’y a pas d’amour de vivre sans désespoir de vivre…Qui dans ce monde de la consomption et de la gaité permanente où chacun se doit d’etre la vitrine alléchante de sa propre publicité, où le simple doute est déja le début du pire des manques de savoir vivre, peut encore la comprendre cette phrase là ? Elle est éternelle pourtant cette phrase, elle est nous, elle est ce qui nous fait humains, elle est déjà sur les parois des grottes préhistoriques, elle est l’art…Elle est la question existentielle, la conscience de ce que nous sommes et de notre finitude…!

Vivre est merveilleux, vivre est tragique…Les mots sont grands la vie est simple…Ici elle n’est pas un mot, elle se concrétise, elle se vit…Elle est partout, elle s’affiche, elle se crie, elle se rit, elle se pleure ou se chante, elle est inscrite dans chaque pas, sur chaque mur, derrière la lassitude ou la langueur, derrière l’angoisse, il y a l’amour, un formidable amour de vivre, meme si la légèreté ne va pas de soi, meme si parfois rien ne parvient à etre dérisoire, chaque pas, chaque sourire, chaque parole est une victoire, une victoire de l’amour sur la tragédie de vivre, une déclaration d’amour à la vie…!

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