VACANCE

VACANCE 1, sept 2011

Etat d’ame, expression d’une vacuité insondable, et pourtant…
Et pourtant, j’ai envie d’en parler de l’état de mon ame, c’est con mais c’est comme ça.
La replacer dans son contexte mon ame, une vie, deux vies, trois vies et puis…
Et puis l’appel de la nécessité, la nécessité ressentie d’etre là, face à la maladie, face à une vie qui se désagrège, lentement, plaque par plaque, strate par strate, souvenir par souvenir, morceau de soi par morceau de soi.
Face à ça, on fait quoi, on se barre ? that’s life and that’s all…?
On retourne dans sa quatrième vie à peine ébauchée ?
Après tout, on a eu assez de mal à la rendre possible celle là !…
Non, le sac est là, près de la porte, dans le hall d’entrée, pas moyen de le prendre, une vie, deux vies, trois vies, on a toujours vécu pour soi, de çi, de là, poussé par le désir, le plaisir, ne serait-ce que celui d’etre là, d’exister. L’insouciance comme vertu, l’hédonisme comme éthique…
Mais là, impossible, impossible d’échapper à ce reflet dans la glace de l’entrée, à ce qu’il me dit : il faut!
Il faut parce qu’on abandonne pas un navire en train de couler;
Il faut parce que… C’est une mère…et que quoi qu’on en dise, on n’en a qu’une et en plus c’est elle qui vous a donné la vie ( meme si parfois je ne sois pas si sur que ce soit véritablement un cadeau, mais bon…);
Il faut parce qu’on a les moyens de le faire;
Il faut enfin, parce qu’il faut etre digne de l’humain en nous au moins une fois dans sa vie.

Il était 19h, on était un dimanche en octobre 2004, elle était là, à la fois perdue et reconnaissante de me voir rester, j’étais là, calme, ne sachant pas vers quoi je me dirigeais mais le reflet dans la glace s’était apaisé, j’étais sur qu’au moins, je m’y reconnaitrais toujours.

Fin du premier épisode, la décision, toute une vie engagée en quelques minutes sans avoir pour autant l’impression d’une précipitation, c’était simplement évident, ça portait deux noms : l’humanité et l’honneur.
La suite au prochain épisode ?
Possible, ils ont été nombreux, encore faudrait-il que je parvienne à me persuader que celà ait un intéret, et surtout que je comprenne pourquoi j’ai envie, besoin de livrer ça à la face du Monde…
Mais, le besoin est là, alors peut etre…

VACANCE 2, oct 2011

Un jour, j’entrais dans une nouvelle identité, devenant par la force des choses ce que notre charmante société se plait à appeler aidant familial…L’aidant familial, animal étrange, bete de somme créee pour pallier aux insuffisances des réponses que le système fait mine d’opposer à la dépendance.
Aidant familial, animal virtuel d’abord, mon dieu que l’on est beau sur internet, on y existe ( 855000 entrées sur google aujourd’hui, sur les termes « aidant familial » ou « aidant naturel »…Mot amusant d’ailleurs « naturel », excluant par définition toute notion d’activité organisée ), on y a un statut, des interlocuteurs, on y affirme notre expérience comme étant reconnue et irremplaçable, on est censé bénéficier de facilités pour accéder à des formations « professionnalisantes », génial vous dis-je…

Dans le réel, c’est moins net, reconnu par le spécialiste, admis par le généraliste, toléré par le niveau infirmier, vous n’avez qu’une seule alliée dans cette lutte inégale contre la maladie, l’auxiliaire de vie, actrice de terrain discrète, proche de l’exploitation mais qui est toujours là, motivée et souriante, parfois, par sa seule présence, elle parvient à vous soutenir, vous épauler dans ce combat, seule, jour après jour face à l’évolution de la maladie à laquelle elle doit s’adapter,face à l’angoisse ou au désespoir, quand ce n’est pas parfois la violence des malades ou plus généralement des personnes isolées ; Un véritable hommage doit leur etre rendu.
Dernier interlocuteur de votre univers, l’administration, là, c’est facile, vous n’existez pas…Vous etes simplement nié…Et quand à force d’entendre le son lancinant de vos plaintes répétées, quand de guerre lasse elle lève son morne regard bovin vers vous, d’une voix lasse, elle hausse les épaules, quelque part entre vague mépris et impuissance…

Que d’aigreur allez vous dire, c’est un peu vrai mais, quand arrivé au terme du parcours on fait le compte de toutes les choses qui auraient pu etre faites pour améliorer la vie de la personne aidée si seulement il y avait eu une coordination véritable entre les différents acteurs au lieu d’un cloisonnement jaloux entre les compétences des uns et des autres, on ne peut s’empecher d’éprouver un sentiment de frustration et de gachis.
Aigreur, certes elle est présente, mais il est évident que son expression ne peut etre la définition de ce qu’est un aidant familial, ni le résumé de l’action de professionnels souvent dévoués.

Cette aigreur, résume assez bien par contre le fossé entre une logique de soins en réseau très bien articulée sur le papier et une réalité où l’aidant, centre de ce réseau fantome, se démène seul pour tenter de rassembler les divers acteurs pour tenter d’apporter une réponse globale et cohérente aux différents aspects de la maladie ; Les « professionnels » vous répondront que ce n’est pas à lui de le faire…Certes…Et encore, tous les volontariats, toutes les compétences sont bonnes à prendre, après tout, d’autres pays Européens savent le reconnaitre, pas la France, cela reviendrait à reconnaitre l’aide comme une activité…Et en France, le travail doit rester un bunker imprenable…Certaines situations spécifiques, sont riches d’enseignement vis à vis de situations globales…Le Diable se cache dans les détails…
Mais admettons, laissons cela aux professionnels, d’accord…Juste une petite question, la prise en charge globale, le réseau de soins, concepts pleins de ces jolis mots « modernisants » et verbeux dont notre contemporanéité aime à se parer pour mieux s’aveugler elle meme…Sur le terrain de la France devenue périphérique, ils sont où ?…

La maladie, ou plutot les maladies…toutes ces pathologies qui de près ou de loin affectent l’activité cérébrale ou psychique, toutes ces affections que la société se refuse toujours à regarder en face, les enveloppant sous le pratique vocable de dépendance, les sortant ainsi du domaine direct de la pathologie et donc de la prise en charge sociale inhérente à la maladie, permettant qu’elles soient les laissées pour compte du système de santé…D’elles aussi il faudrait en parler, mais bon, encore de l’aigreur et de l’amertume…Ceci dit, de l’amertume peut naitre de la colère, une colère où nait l’indignation ( un peu à la mode et facile comme expression je vous l’accorde, mais l’idée n’est pas si mauvaise après tout ), une indignation qui peut déboucher sur une prise de conscience…
Et de là, l’action et pourquoi pas un jour, révons un peu, un changement…

Parce que, là, en ce moment tout autour de nous, ils sont des centaines de milliers j’aurais envie de dire (en faisant un emprunt à Ophuls que l’on me pardonnera), perdus entre le chagrin et la pitié et dont la souffrance reste invisible…
Parce qu’ils sont simplement ça, des etres humains qui souffrent.

VACANCE 3, mai 2012

Et l’amour là dedans?…
Suite des trépidantes aventures d’un aidant pas toujours aidé ( ouais, bof…je sais), aujourd’hui, un chapitre passionnant, quand l’aidant, éloigné par la force des choses de quasiment toute vie sociale, se retrouve subitement confronté à la plus élémentaire des situations humaines, la plus naturelle ( ou tout du moins celle qui jusqu’alors lui avait semblé la plus naturelle), le sentiment amoureux…
Quand, comme aurait dit l’autre, lui naguère si beau etc…

Mais, commençons par le début;
Un jour, un jeudi comme un autre, alors qu’il s’attelait à essayer d’aider encore un peu ( l’aide était il faut le dire une sorte de vocation chez lui…), un jour donc il la vit…Il la croisait régulièrement, lui parlait, la regardait meme parfois, mais là, allez savoir pourquoi, il l’a vu :
Un regard d’abord, un regard franc, clair d’où semblait transparaitre toute la lumière, l’intelligence, la vitalité et la légèreté du monde, une forme de candeur aussi compensée par une assurance qui savait rester douce, bref, un regard qui donnait envie de recommencer à croire en l’humanité.
Un sourire ensuite, d’où emanaient joie de vivre, douceur et empathie.
Un esprit moqueur, dirait qu’il venait juste de croiser une sainte dans un couloir à moitié sombre, après ça, un tour à Lourdes et basta…
Non, il venait juste de revoir ce qu’il s’était interdit de voir pendant 8 ans, une femme…
Il ressentait juste un truc tout con, vieux comme le monde, un sentiment…
Que se dit-il alors ?
Sur le moment pas grand chose, se donnant seulement à l’euphorie qui l’étreignait dans ce retour de la joie, de cette sensation de plénitude, d’assurance et d’évidence qu’il n’imaginait meme plus ressentir un jour.
Le gout du bonheur était juste à nouveau en lui.
La suite, tout le monde peut l’imaginer, n’y tenant plus, tout à son bonheur de clamer ce retour de l’amour à la face de l’humanité toute entière et plus particulièrement à l’objet de son affection, il courut la rejoindre pour lui annoncer la bonne nouvelle, celle çi, bien évidemment charmée par cet élan de passion…Hélas, on était dans la vie…
Alors, au lieu de courir, il se mit à penser, à voir les données du problème:
Lui, sorti du monde depuis 8 ans, un passé, voire des passés, un avenir à redessiner ( ça encore, ça ne lui faisait pas peur, changer de vie, comme pour l’aide c’était un peu une vocation…), une identité sociale devenue fantomatique, des habitudes parmi les plus simples un peu perdues de vue, pas très attractif tout ça…sans compter une vérité qu’il n’aimait pas voir, pépère n’était plus tout jeune, pas vieux non plus mais bon…faut pas trop rever quand meme ( oui, l’on se doit de préciser à cet instant que l’élue de son coeur retrouvé était légèrement plus jeune que lui…mais alors très légèrement…).
Alors, là, après avoir pensé, il se sentit réellement gauche et veule…
Rendu gauche par sa vie, veule, à dire vrai la question n’était pas vraiment là, il ne se sentait simplement pas le droit, dans sa position, de parasiter de quelque façon que ce soit la vie de quelqu’un, de quelqu’un qui était dans la vie, qui avait une vie, de quelqu’un de plus et surtout pour laquelle il ressentait un sentiment, la seule idée de lui faire éprouver la moindre gène lui était juste impensable. Quelques années avant, sans doute aurait-il pensé que de tels scrupules n’avaient simplement pas lieu d’etre, le sentiment, la passion étant les seules vraies forces vitales elles se devaient d’etre exprimées, mais il n’en était plus là, au moins, savait il maintenant qu’il était encore capable d’aimer, et qu’après tout, un jour, si Dieu le voulait…
Enfin bref, à l’issue de cette aventure, il dut se résoudre à l’admettre:
Ce fut comme une apparition et ce fut tout.

Cette histoire un peu triste et pathétique, eut néanmoins une sorte de suite le monde étant bizarrement venu interférer dans ce qu’il avait fini par appeler son roman d’une manière dont l’origine lui fut toujours mystérieuse mais qui créa des situations par certains cotés plus amusantes et en tous les cas proches du surréalisme, mais bon, ce sera pour un autre épisode.
Ah oui, pour finir, merci quand meme à Baudelaire et Flaubert pour les maladroits emprunts.

VACANCE 4, mai 2012

C’était un de ces jours où l’entreprise aime à se voir comme une grande famille, une fin d’après midi grise où la productivité se proposait de céder le pas à la convivialité, le prétexte importe peu ici, tout le monde était là, rassemblé dans une salle de réunion transformée pour l’occasion en salle des fetes.
Notre aidant qui se sentait de moins en moins aidé (certes, elle est toujours facile, mais je ne m’en lasse pas, on a tous nos faiblesses…) était forcément là aussi, il faut dire que dans son monde de plus en plus rétréci, cette structure devenait peu à peu son seul univers social, il allait de l’un à l’autre, parvenant à sourire, presque à plaisanter, sentant encore en lui les vestiges toujours douloureux de la vaine passion qui l’avait brièvement ramené dans le monde des vivants.
Elle aussi d’ailleurs était là, comme à son habitude, chaleureuse, amicale, à la fois si proche et si lointaine pensa t’il, alors qu’il s’efforçait de profiter de ces moments où le jeu de role professionnel s’effrite laissant transparaitre un peu plus de vérité humaine.
De temps à autre, il l’observait, espérant presque etre déçu, et alors, etre moins rongé par le regret, avec un peu de chance, peut etre aurait elle par exemple un rire d’une bétise à faire frémir…
Mais non, son rire était simplement enthousiasmant, et elle s’obstinait à n’exprimer que joie, intelligence et grace aérienne.
De canapés en coupes de champagne, ce qu’il avait craint se produisait, le sentiment renaissait de ses cendres, il aurait voulu partir, mais il ne pouvait se dérober à ces aggapes.
Comme toute chose, cette réunion cessa, regagnant son désert, il ne put que constater que l’image de son élue (joli non ?…Ouais je sais, lourd et désuet, j’aime le désuet, encore une faiblesse…) était à nouveau en lui, encore plus présente peut etre…
Il allait de nouveau devoir se rendre à la raison ( ou bien me direz vous se laisser aller à la déraison, admettre qu’après tout quelle que fut sa vie il avait le droit d’agir sur le réel, de se comporter comme un etre vivant et aller lui parler…).
Il décida de se rendre à la raison.
Celà lui prit une semaine où l’idée meme de manger ou de dormir lui était devenue étrangère; En dehors de son activité qui l’obligeant à croiser l’objet de ses tourments était devenue un lieu de torture, tantot il essayait de retrouver la sagesse en se replongeant dans Epictète tantot il se complaisait dans sa tristesse en se gavant de pleurnicheries Rimbaldiennes (désolé pour Rimbaud, j’ai toujours eu du mal avec sa grandiloquence geignarde…) ou en écoutant de vieux 33 tours de blues ( et oui, il avait conservé une platine lui…).
Un matin, un samedi, la douleur avait disparue, il repensa alors à cette phrase lue il ne savait plus où : » les blessures d’amour ne laissent pas de cicatrices, elles ne laissent que des souvenirs. » C’était exactement ça, c’était devenu un souvenir, un élément comme un autre de son roman personnel.
Fort de cette liberté d’esprit retrouvée, il décida de remettre de l’ordre dans son jardin.

Ce fut d’abord imperceptible, une vague impression, quelquechose semblait avoir changé dans leur relation, moins de spontanéité peut etre, rien de précis non plus, sans doute son imagination, il s’était interdit toute manifestation de ses sentiments ( et pour dissimuler ses sentiments, mon Dieu qu’il était doué…), cela faisait des années qu’il était devenu humainement invisible, comment aurait-elle pu se douter de quoi que ce soit ?…
Puis, celà se précisa, son attitude devint étrange, des sourires entendus apparurent, bizarrement, des personnes jusque là relativement lointaines devinrent nettement plus souriantes et ouvertes au dialogue…Là, il dut se rendre à l’évidence, ce qu’il prenait pour un chapitre de son roman personnel était entré de plein pied dans le monde…L’histoire existait…
Comment, il ne le saurait jamais, mais le fait était là, pour la première fois depuis bien longtemps, dans ce domaine là du moins, le monde avait interragi avec lui.
Dans un premier temps, il en fut presque content, il en devenait moins fantomatique, le role qu’on lui attribuait n’était certes sans doute pas celui du héros, mais au moins était-ce un role de vivant.
Dans un deuxième temps, il pensa à elle qui se retrouvait au milieu d’une histoire qui n’en était meme pas une et de la gène qu’elle devait en ressentir.
Il aurait voulu lui parler, s’excuser, mais de quoi, comment parler, s’excuser de quelquechose qui n’existe meme pas, sinon en rajoutant de la gène à la gène.
A partir de ce moment, il ne le savait pas encore, mais il venait d’entrer dans ce qu’il nommerait plus tard le mois fou, un mois où la situation devint parfois proche du burlesque, un mois où il ne sut plus que penser, le mois où elle s’efforça de l’éviter…

Alors ?!!!…me direz vous, sans doute impatients de lire la suite et l’épilogue de ce curieux voyage vécu par notre pauvre aidant du coté de l’amour…
Vous imaginant impatients et frétillants devant le spectacle annoncé du burlesque et du ridicule d’une non-histoire se naufrageant dans la farce, le narrateur se doit de vous révéler qu’hélas, quelques mois après son aventure, notre anti héros favori (en tout cas moi je l’aime bien…mais bon, on est pas obligé non plus…)décida que finalement il se refusait à en dire davantage sur cet ultime épisode.
Respectant son choix, c’est donc ici que va s’achever notre histoire qui au delà de sa dimension pathétique, fut le vecteur d’une sorte de révélation de notre aidant à lui meme, mais ça, c’est un autre chapitre…

VACANCE 5, juillet 2012

C’était le dernier jour de son étrange aventure, l’ultime épilogue, là, soudain, il cessa d’etre notre pauvre aidant ( non, je ne dirais pas qu’il n’était toujours pas aidé…) et redevint ce dernier anti héros post-moderne qu’il s’était toujours efforcé d’etre…
Elle le regarda fixement, quelques secondes, et il partit, il se retrouva 23 ans en arrière, il était assis à une table, c’était la fin du diner, entre elle et lui, un saladier, il la fixa du regard, elle lui demanda en souriant ce qu’il regardait comme ça, il décida de ne rien changer à sa vie, il répondit qu’il révait, elle continua à sourire, il emporta le saladier dans la cuisine et sa vie continua…Visiblement 23 ans, car là, d’un regard à l’autre, les deux histoires se télèscopaient, ou plutot, au contraire, elles se rejoignaient, lui parlaient de la meme chose, d’une chose que peut etre il n’avait jamais pu atteindre, croyant ne pas la vouloir, de quelquechose de sciemment cassé à quelque chose devenu hors de portée.

Rentré chez lui ce soir là, il ne put se défaire de la sensation qu’entre ces deux moments, ces deux regards, qui semblaient se répondre par un étrange effet miroir, rien n’avait existé dans sa vie affective, idée absurde, absurde, peut etre pas tant que ça d’ailleurs, ça avait été quoi sa vie affective ?…
Une suite d’épisodes voire de nuits dispersées de çi de là, Répondant à l’impératif d’indépendance qu’il s’était fixé, voulant correspondre toujours à la définition Nietzschéenne de l’individu solitaire, autonome et libre, héros des temps qui se voulaient modernes qui ne pouvait plus qu’atteindre au statut d’anti héros dans cette post-modernité néo-conservatrice et régressive qui tenait lieu de présent à son existence (ainsi qu’à celles de ses congénères d’ailleurs, qui eux, semblaient aisément s’en satisfaire…).
Etait-ce véritablement ça une vie affective ?…
Longtemps, il aurait répondu oui, c’était le prix de la passion, enfiévrée mais éphémère, forcément éphémère…
C’était ça ou faire mine de s’étonner, de s’emerveiller à chaque rencontre, qu’une personne qui vient du meme milieu que vous, issue du meme univers socio-culturel, qui possède le meme niveau intellectuel, vous ressemble, mon Dieu quelle miraculeuse coincidence…
Oui, longtemps, il avait pensé ça et dans une certaine mesure le pensait il encore, mais ce soir là, il sentait que le problème était ailleurs, un raccourci venait de se produire, et il n’arrivait pas à dénouer le fil…
Ces deux regards, distants de 23 ans qui semblaient se répondre, ou plutot se parler, lui parler.
D’abord, il se demanda si le regard qu’elle lui avait porté, pouvait avoir le meme sens que le sien à l’époque, finalement, celà importait peu, tant sa réflexion le ramenait là bas, au début et à la fin de tout.
Il se rendait compte que celà avait été sa seule véritable relation, drole de tete pour une relation, une relation qui n’a jamais voulu dire son nom pendant plus d’un an où pourtant il ne fut jamais aussi proche de quelqu’un, lui qui à l’époque se voyait bien Fiztgérald, avait trouvé sa Zelda, relation où ne manquait ni l’intimité, ni la complicité, ni les orages, ni la folie surréaliste, où l’humour et l’ironie semblaient aller de soi, où juste la dimension physique était absente.
Relation, qui avait fini par se concrétiser par la grace d’un été et la promiscuité entrainée par un univers de vacances.
Là, par delà l’ivresse de la découverte et de la fusion des corps, tout s’était compliqué, lui qui se voulait autonome s’était découvert à la fois possessif et possédé, quant à elle, sa folie n’éxistait plus, le jour où la complicité n’est plus dans les tables que l’on renverse, mais dans le choix des marques de yahourts…
Perd t’on celle qu’on aime, celle qui nous a séduit, le jour où finalement on parvient à la conquérir ?…C’était la question qu’il se posait, ce soir là, quand, à la fin du repas, sa Zelda transformée en fée du logis dans la cuisine, il regarda l’autre ( oui, il y en avait une autre, ils étaient plusieurs en vacances, désolé pour la compréhension, mais on ne va pas en faire un roman non plus…On pourrait meme en rajouter une troisième rencontrée le mois d’avant à Paris qui se trouvait en villégiature dans la meme ville, alors, est-ce vraiment la peine d’entrer dans les détails ?!…), qui lui répondit donc par un sourire, sourire auquel il s’efforça d’échapper, choisissant de rester dans sa vie…Pas pour longtemps d’ailleurs, la relation ne devant pas survivre aux vacances, quand par une de ces manoeuvres dont il avait le secret, il réussit à tout faire exploser en à peine plus d’une après midi.
Dans l’avion du retour, il regarda fugacement le mont blanc au loin sur sa droite, il se sentait juste libéré, encore un de ces moments où il était persuadé de la justesse de son choix.
Le lendemain après midi, elle le rappela, il raccrocha, il n’en entendit plus jamais parler.
Et là, commença sa vie, choisissant le plaisir contre le bonheur, le mouvement contre la construction, le chemin de traverse contre la ligne droite, l’égoisme contre la tristesse et la peur de la perte.
Il était persuadé qu’il engageait un combat, en fait, il venait de commencer à fuir, une fuite éperdue contre tout, le temps, les autres, la mort, lui meme, une fuite qui ne s’arreterait que bien des années plus tard quand la maladie d’un proche à un moment de sa vie où il venait d’accepter de se poser fit naitre en lui un sentiment de responsabilité qui parvint à s’imposer face à ce qu’il appelait sa quete et qui n’était que sa fuite, face à ce qu’il appelait du courage mais qui n’était que de la peur.

Ce soir là, arrivé au terme de sa pensée qui venait de lui faire survoler vingt ans de vie, il eut la sensation d’etre arrivé au bout d’un chemin, de comprendre, de comprendre qu’il n’avait peut etre pas tout compris, le dernier anti héros post-moderne qui s’était épuisé à combattre cédait la place à un autre anti héros, moins flamboyant, celui qui d’une certaine façon avait toujours choisi de ne pas combattre.
Ce soir là, au terme de cette pensée et de son aventure d’amoureux solitaire, il voulut juste etre lui meme.
Alors, ce soir là, il décida de se regarder;
Alors ce soir là, commença le combat…

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